Reconnaissance de la naturopathie par l’OMS

54 pays reconnaissent la naturopathie à des degrés divers. Et la France ? Elle observe, tergiverse, débat, pendant qu’autour, le terrain évolue vite. En 2022, l’Organisation mondiale de la santé mentionne la naturopathie dans son rapport sur les médecines traditionnelles et complémentaires, sans accorder toutefois un statut harmonisé à l’échelle internationale. La France, pour sa part, ne reconnaît pas officiellement la profession, contrairement à certains pays européens comme l’Allemagne ou la Suisse.

Malgré ce cadre juridique flou, le nombre de praticiens et de clients ne cesse d’augmenter. Les écoles privées se multiplient, les fédérations structurent la profession et les débats sur le statut légal de la naturopathie s’intensifient au sein des institutions françaises.

La naturopathie, entre traditions et principes fondamentaux

La naturopathie appartient à la vaste galaxie des médecines traditionnelles. L’Organisation mondiale de la santé la qualifie de discipline dédiée à renforcer les capacités d’auto-régulation du corps. En France, elle doit beaucoup à John Scheel, pionnier du XXe siècle, et à André Roux, figure marquante de la discipline hexagonale. Ici, l’approche se distingue nettement des pratiques conventionnelles : le regard porté sur la santé se veut englobant, attentif à l’équilibre global et à la prévention sur le long terme.

Au quotidien, la naturopathie repose sur plusieurs piliers. Pour mieux comprendre de quoi il s’agit, voici les axes majeurs sur lesquels s’appuie la démarche :

  • Une alimentation ajustée à chaque individu, loin des modes passagères
  • L’activité physique, adaptée à la réalité de chacun
  • La gestion du stress, avec des outils concrets et personnalisés
  • Le recours à des techniques naturelles, qui s’inspirent aussi bien de la médecine traditionnelle chinoise que de pratiques européennes

Le praticien formé en naturopathie médecine traditionnelle accompagne la personne sur ce chemin, en complément d’éventuels soins conventionnels. Ici, la prévention se taille la part du lion, suivant l’idée que la santé se construit avant tout au quotidien.

L’OMS classe la naturopathie parmi d’autres pratiques traditionnelles reconnues internationalement, insistant sur leur rôle dans l’accès aux soins et l’ouverture thérapeutique. Pourtant, la cohabitation avec la médecine conventionnelle suscite toujours des débats. Légitimité, sécurité, intégration au sein des systèmes de santé européens : ces sujets restent brûlants en France, où la reconnaissance officielle de la naturopathie n’a pas encore trouvé sa place, malgré l’intérêt grandissant pour ces approches complémentaires.

Quelles sont les techniques et formations pour devenir naturopathe aujourd’hui ?

Le métier de naturopathe repose sur un socle de techniques naturelles destinées à soutenir la vitalité et à accompagner la personne vers un mode de vie plus équilibré. Avant toute chose, le bilan de vitalité s’impose : une analyse poussée du terrain, des habitudes et des attentes. Ce diagnostic oriente ensuite le choix des outils.

Parmi les approches utilisées, on retrouve :

  • L’ajustement alimentaire, personnalisé et pensé sur le long terme
  • L’utilisation de plantes médicinales et d’huiles essentielles, sélectionnées selon le profil de chaque personne
  • Des techniques de relaxation, de la réflexologie, des exercices de respiration

La formation en naturopathie varie beaucoup d’un établissement à l’autre en France. Plusieurs écoles privées, inspirées parfois par les recherches de Daniel Kieffer ou l’approche globale de Rudolf Steiner, proposent des cursus pluridisciplinaires : physiologie, nutrition, phytothérapie, aromathérapie, gestion du stress, techniques manuelles. La durée de la formation diffère selon les écoles, mais les stages pratiques occupent une place centrale pour un apprentissage concret.

En l’absence de certification professionnelle d’État, choisir sa formation exige de la vigilance. Les fédérations et syndicats du secteur offrent des repères en proposant des labels de qualité ainsi que des annuaires de praticiens. Certains professionnels de santé optent pour une formation naturopathie comme spécialisation, mais la plupart des naturopathes viennent d’horizons variés, souvent guidés par l’envie de valoriser une approche complémentaire des soins.

Professionnels de santé en réunion autour d

Reconnaissance par l’OMS et situation réglementaire en France : où en est la naturopathie ?

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) inclut la naturopathie dans la catégorie des médecines traditionnelles, aux côtés de la médecine chinoise ou de l’ayurvéda. Cette reconnaissance donne une visibilité internationale à ces méthodes, que l’OMS considère comme des alliées de la promotion de la santé dans de nombreux pays. Pourtant, la France reste en retrait. Contrairement à la Suisse ou au Canada, la naturopathie n’y dispose d’aucun fondement légal, ni validation officielle dans le Code de la santé publique.

Derrière ce flou réglementaire, un point de vigilance s’impose : le secteur attire aussi des pratiques discutables. La Miviludes (mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) alerte régulièrement sur des excès : exercice illégal de la médecine, mise en cause de traitements classiques. La DGCCRF (direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) veille également à ce que les titres et la communication des praticiens ne trompent pas le public.

Les syndicats professionnels cherchent à organiser la profession et à défendre une meilleure place dans le paysage sanitaire, mais la France maintient une frontière nette avec les soins conventionnels. Le manque d’études cliniques d’envergure sur l’efficacité de ces pratiques, souligné par plusieurs rapports, freine toute évolution du cadre légal. La perspective d’une naturopathie reconnue par l’État reste donc en suspens, alors que certains pays voisins explorent déjà de nouvelles voies d’intégration à leurs systèmes de santé.

La France hésite, mais la demande ne faiblit pas. Le débat est loin d’être clos : l’avenir de la naturopathie pourrait bien s’écrire hors des sentiers battus, là où la santé se redéfinit, entre héritage et innovation.

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