Espérance de vie d’une infirmière : tout ce qu’il faut savoir

Moins d’années à vivre pour celles qui soignent : voilà le verdict brut que dressent les chiffres, année après année. En France, l’espérance de vie des infirmières reste inférieure à celle de la population générale, selon plusieurs études menées depuis le début des années 2000. Les statistiques révèlent un écart de plusieurs années, malgré les avancées médicales et la reconnaissance progressive du rôle essentiel de cette profession.

Cette différence s’explique notamment par des contraintes physiques et psychiques accrues, un taux d’absentéisme supérieur à la moyenne nationale et une exposition fréquente à des risques professionnels. Les conditions de travail, le stress chronique et la difficulté à concilier vie professionnelle et personnelle figurent parmi les facteurs les plus souvent mis en cause.

Quelle est l’espérance de vie des infirmières en France ? Les chiffres et ce qu’ils révèlent

Les dernières données publiées par la Drees et la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques sont sans appel : l’espérance de vie des infirmières reste en retrait par rapport à celle des femmes françaises dans leur ensemble. Les rapports s’accordent : une infirmière termine sa vie plus tôt que la moyenne, et ce décalage s’explique en grande partie par la pénibilité du travail et la répétition de situations à risque, tant physiques que mentales.

Regardons un autre indicateur parlant : la durée moyenne de carrière. Selon le Carif-Oref, elle varie fortement, de 7 à 21,5 ans. Un tel écart illustre des parcours professionnels morcelés, avec de nombreux départs anticipés, souvent pour cause d’épuisement. Les données de la DARES rapportent également une mobilité professionnelle très faible chez les soignants, bien moindre que dans d’autres métiers : les infirmiers restent, parfois faute de réelle alternative, et peu d’entre eux quittent l’hôpital ou le médico-social pour se tourner vers une autre voie, sauf usure ou nécessité impérieuse.

La Fédération Française des Praticiens de Santé et Convergence Infirmière ont d’ailleurs exprimé de vives préoccupations lors des discussions sur la réforme des retraites. Elles plaident pour une prise en compte sérieuse de la pénibilité du métier, alors que les statistiques prouvent déjà que la durée de vie des infirmières est amputée de plusieurs années par rapport à la moyenne française.

Pour mieux cerner ces réalités, voici ce que montrent les études et débats récents :

  • L’étude Drees met en évidence une espérance de vie plus courte pour les infirmières hospitalières (chiffres actualisés en 2023).
  • Le turnover et la mobilité sont faibles chez les infirmiers, d’après la DARES, comparés à d’autres professions.
  • La question de la pénibilité du métier demeure centrale dans les discussions syndicales et associatives.

Entre engagement et souffrance : comprendre les défis physiques et psychiques du métier

L’engagement quotidien des infirmières se paie cher, au sens propre comme au figuré. Les enquêtes nationales, tout comme le documentaire Madame Hofmann de Sébastien Lifshitz, qui suit le parcours de Sylvie Hofmann à l’hôpital Nord de Marseille,, donnent à voir une réalité marquée par la souffrance au travail.

Concrètement, le quotidien ne laisse aucun répit : gestes répétés, longues heures debout, horaires décalés, tension émotionnelle constante, que ce soit dans les services de soins intensifs ou en EHPAD. L’épreuve du Covid-19 n’a fait qu’accentuer la pénibilité de chaque aspect du métier, physique comme psychique. Les collectifs et réseaux sociaux d’infirmiers ont depuis relayé une explosion de cas d’épuisement professionnel. Le Collectif Inter-Bloc a réclamé des mesures spécifiques pour les IBODE, tandis que l’USP a dénoncé une précarisation accélérée des soignants.

Sur le plan mental, la situation est tendue : études à l’appui, le risque de dépression, d’anxiété et de burn-out s’envole chez les infirmières. Cela pèse lourd sur la durée de carrière et pousse certaines à arrêter tôt, parfois après seulement sept ans d’exercice. Les contraintes s’accumulent, l’équilibre entre engagement professionnel et vie personnelle devient un défi permanent. Cette réflexion sur la qualité de vie au travail ne concerne pas que l’hôpital public ; elle s’étend aussi au secteur privé, au médico-social, à la pratique libérale ou aux EHPAD, où la charge de travail reste soutenue, voire écrasante.

Infirmier en dehors de l

Quelles pistes pour améliorer la qualité de vie et la longévité des infirmières ?

Redonner de la place et de la reconnaissance au métier, c’est la première marche. La loi n°2025-581 franchit un pas décisif en consacrant le rôle propre des infirmiers, la consultation infirmière, le diagnostic et la prescription. Cette avancée résonne comme une réponse attendue de longue date, en consacrant une autonomie clinique accrue. À noter aussi : l’expérimentation de l’accès direct à l’infirmier dans cinq départements, qui rebat les cartes dans l’organisation des soins et pourrait, à terme, alléger la pression quotidienne.

Le métier s’ouvre aussi à de nouvelles spécialisations, ce qui change la donne pour l’avenir. Les filières IPA (pratique avancée), IADE (anesthésiste), IBODE (bloc opératoire) ou IPDE (puériculteur) offrent un horizon professionnel renouvelé, avec des formations au niveau master qui confèrent une légitimité scientifique et technique supplémentaire. Cette diversification redonne de l’élan à la profession et fidélise les vocations.

Côté rémunération, le Ségur de la santé a permis des revalorisations. Mais sur le terrain, les syndicats comme le SNPI CFE-CGC continuent de réclamer plus : des effectifs en adéquation avec la charge, une gestion humaine, de vrais temps de repos. Les associations FNESI et ONI militent pour une implication réelle des infirmiers dans l’organisation et l’innovation. Quant à la mobilité professionnelle, encore limitée, elle pourrait progresser grâce à une meilleure valorisation des parcours et de l’expérience acquise.

À l’heure où la société réclame toujours plus de soins, la question de la longévité des infirmières n’est plus marginale : elle dit beaucoup de la façon dont on considère celles et ceux qui veillent sur nous. Reste à savoir si, demain, la profession pourra continuer à prendre soin des autres… sans sacrifier les siennes.

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