0,5 gramme de paracétamol saveur fraise, prescrit à 6 ans ou à 86 ans : l’étiquette ne change pas, mais le risque, lui, grimpe d’un cran. En gériatrie, l’administration de médicaments conçus pour les plus jeunes, au prétexte de leur goût ou de leur facilité d’absorption, expose à des effets indésirables inattendus. Ce que l’on croyait réservé à la sphère pédiatrique dérape parfois dans les maisons de retraite et les services hospitaliers, là où la déglutition pose problème. Les médicaments aromatisés, pris à tort pour des solutions pratiques, deviennent alors des pièges pour le grand âge. Les systèmes de vigilance hospitaliers remontent, chaque année, des cas d’erreurs évitables : confusion de flacons, absence de distinction sur l’emballage, administration répétée… Une faille dans la chaîne du soin, qui rappelle que la sécurité médicamenteuse n’a rien d’acquis.
Pourquoi les médicaments aromatisés pour enfants suscitent-ils l’inquiétude ?
Avant d’énumérer les enjeux, il faut rappeler ce qui rend ces médicaments si attractifs pour les enfants : arômes sucrés, couleurs acidulées, emballages ludiques. L’Efferalgan vanille-fraise ou le Smecta goût fraise n’ont rien à envier aux rayons confiserie. Mais derrière le côté sympathique, un danger plane : l’enfant, séduit par le goût, réclame, parfois en redemande, et le risque de surconsommation guette. Le surdosage n’est jamais loin, surtout quand le médicament prend l’apparence d’un bonbon.
Michèle Delaunay, présidente de l’Alliance contre le tabac, s’inquiète de voir le médicament devenir banal chez les plus jeunes. À ses yeux, les arômes brouillent la frontière entre le soin et le plaisir, et c’est une pente glissante. Le Dr Lucienne Coscas-Hatchuel, pédiatre, partage cette préoccupation : elle martèle l’importance, pour les parents, de garder la main sur l’armoire à pharmacie, même si la fièvre s’invite régulièrement à la maison.
Pour mieux cerner les risques, voici les principaux points de vigilance soulevés par les spécialistes :
- Le goût attrayant facilite la prise, mais augmente aussi l’envie d’en consommer davantage.
- Certains enfants confondent le médicament avec une friandise.
- Lorsque le produit reste en accès libre, il devient difficile de savoir quelle quantité a réellement été avalée.
La médicalisation de l’enfance ne va jamais sans conséquence. Entre le souci de soulager dans l’urgence et la pression d’un enfant souffrant, les repères des parents sont vite bousculés. Les professionnels le rappellent : un médicament reste une molécule active, et ses effets secondaires n’épargnent pas les préparations au goût fruité.
Paracétamol, ibuprofène, sirops : comparaison des risques et de l’efficacité chez les plus jeunes
Le paracétamol, star des ventes françaises avec le Doliprane en tête de gondole, s’est imposé comme l’allié de référence contre la fièvre et la douleur modérée chez l’enfant. Mais cette omniprésence a un revers : certains usages dérapent. Phénomène inquiétant, le « Paracétamol challenge », viral sur TikTok, a déjà provoqué des drames. Un enfant de 11 ans a perdu la vie aux États-Unis, plusieurs hospitalisations sont recensées. L’overdose peut détruire le foie en quelques heures, parfois jusqu’à nécessiter une greffe ou provoquer le décès. Les autorités belges et le centre Antigifcentrum multiplient les alertes, tandis qu’en France, les professionnels rappellent que la toxicité n’attend pas les grands excès : une dose mal ajustée suffit à mettre en péril.
Côté alternatives, l’ibuprofène s’invite pour calmer fièvre ou inflammation, mais il demande un maniement prudent. Chez le nourrisson avec infection virale, il peut entraîner des complications rénales ou digestives. Quant aux sirops, ils séduisent par leur praticité, mais leur efficacité réelle reste modeste. Les sociétés savantes questionnent régulièrement leur intérêt, notamment pour les antitussifs ou expectorants.
Pour résumer les précautions à prendre, on peut détailler les principaux points de comparaison :
- Paracétamol : au-delà de 150 mg/kg en une seule prise, le risque pour le foie devient élevé.
- Ibuprofène : à manier avec précaution si l’enfant est déshydraté ou présente une infection virale.
- Sirops : l’efficacité n’est pas toujours au rendez-vous, les effets secondaires, eux, peuvent survenir.
Chaque pays fixe son seuil d’efficacité : la FDA américaine exige 90 % de principe actif, l’ANSM française, 95 %. Un détail technique qui en dit long sur la rigueur qui encadre ces médicaments du quotidien. Face à la viralité des défis dangereux sur les réseaux sociaux, la vigilance doit monter d’un cran. Associations comme APEAS, UFC-Que Choisir, CHU de Toulouse ou Inserm redoublent d’efforts pour informer parents et écoles.
Vigilance et conseils essentiels avant de donner un médicament à un enfant ou à un senior
Avant d’ouvrir la boîte à pharmacie, un réflexe s’impose : vérifier la date de péremption. Le ministère de la Santé le rappelle régulièrement, l’efficacité d’un médicament décline après l’échéance indiquée. Certaines formes solides, si elles sont bien conservées, peuvent garder une partie de leur efficacité au-delà de la date, comme l’indiquent la Fondation pour la recherche médicale et la Société de pneumologie de langue française. Mais pour les sirops et formes liquides, la prudence commande de ne pas s’y risquer.
France Assos Santé attire l’attention sur les dangers de l’automédication, tant chez les enfants que chez les personnes âgées. Un mauvais dosage ou l’ignorance d’une contre-indication peuvent avoir des conséquences graves. Daphné Lecomte-Somaggio, déléguée générale de l’Afipa, encourage à consulter un professionnel de santé en cas de doute, même pour un médicament que l’on croit maîtriser.
Pour sécuriser l’utilisation des médicaments, voici les recommandations prioritaires à garder en tête :
- Lisez systématiquement la notice et respectez la posologie indiquée.
- Évitez de donner plusieurs médicaments en même temps sans l’accord d’un professionnel.
- Restez attentif à tout symptôme inhabituel, surtout chez les personnes fragiles.
La vigilance doit s’exercer dans les deux sens : l’organisme d’un enfant ne réagit pas comme celui d’un senior. Une même molécule peut provoquer des effets opposés. Marina Carrère d’Encausse, marraine de la Fondation pour la recherche médicale, insiste sur la nécessité d’un entourage attentif. La prudence, bien plus qu’un slogan, s’impose comme la seule boussole fiable face à la tentation de la facilité médicamenteuse. Entre sécurité et confort, il s’agit d’une ligne de crête, à ne jamais perdre de vue.


